Cher Bernard,

 

Notre Président m’a demandé de te dire quelques mots du Rotary ...et j’ai décidé de te parler…  de moi.

Mais te parler de moi, c’est te parler de nous, et te parler de toi.

Je me sens en effet, parfois, souvent, silencieusement, Égaré et comme d’autres, comme Jean d’Ormesson, comme toi peut-être, je me pose cette question : Qu’est-ce que je fais là ?

Comme un funambule en équilibre sur le fil de sa vie, je ne cesse d’osciller entre les sombres abîmes de l’espace et du temps.

Qu’est-ce que je fais là, ici même, dans l’espace, entre la Galaxie du Chapeau, à 28 millions d’années lumière d’ici,

si loin qu’on exprime cette distance en temps, et le noyau de l’un quelconque de mes atomes, d’un millième de milliardième de millimètre de diamètre.

Qu’est-ce que nous faisons là, toi et moi, en cette seconde même, entre la formation de la terre, il y a plus de 4 milliards d’années, la naissance de l’homo sapiens, il y a deux cents mille ans, et notre disparition… ou la fin du monde.

Entre le Big Bang et le Big Clash ?

Que faisons donc nous là ? En ce moment ? Toi et moi ?

Et bien, tout simplement, je te parle et tu m’écoutes.

Le Rotary, c’est d’abord cette amitié qui nous permet de nous exprimer en se sachant écouté. Et d’écouter pour entendre, c’est-à-dire pour comprendre. Il serait contraire à la vérité de dire qu’il n’y a jamais, dans notre Club, de bruits de fond, d’interruptions, d’oppositions.

Parfois même l’effet stéréo de nos rencontres cache la richesse de nos diversités.

Mais toujours  deux évidences s’imposent pour moi ici.

Voici la première:

- Mon semblable est différent de moi. Mais, Rotarien, il est d’abord un ami.

Les Rotariens ? Semblables, et différents, et amis.

N’est-ce pas, Gérard et Gérard, Xavier et Xavier, Jean-Paul et Jean-Paul,

Alain et Alain, François, François et François… toi et nous.

Nos différences, dans l’amitié, font toute notre richesse.

Et comme le dit John Germ, Président du Rotary International 2016-2017, dans notre magazine Le Rotarien de mars :

« notre diversité fait notre force ».

Et voilà la seconde :

- On ne peut vraiment dire ce que nous pensons qu’à de vrais amis.  Il faut toujours être réservés avec nos relations et prudents avec nos adversaires.

Mais nous pouvons, avec de vrais amis, partager des idées… parfois même celles que nous ne partageons pas.

L’amitié est véritablement source d’ouverture, d’enrichissement.

Nos échanges sont l’occasion d’élargir notre horizon,  de changer de regard, de passer de notre œil de cyclope à une vision au moins binoculaire, de comprendre que le blanc et le noir ne sont pas obligatoirement contradictoires mais qu’ils peuvent être, plus souvent qu’on ne le pense, complémentaires, inséparables.  Comme l’ombre l’est du soleil.

Les conférences de nos invités, tout autant que les exposés de nos membres, sont de très précieuses occasions pour chacun de nous d’apprendre, de connaître, de penser.

J’en veux pour preuve trois derniers regards qui nous ont été offerts en quelques mois.

- Le regard d’un pilote aux 24.000 heures de vol, Bernard, sur le Charles de Gaulle. Comment un homme d’un tel ciel, d’un tel passé peut-il être autant passionné de la mer et des techniques d’aujourd’hui.

- Le regard d’un audioprothésiste, Hugo, au creux de notre oreille… et de notre capacité d’écoute. Que de questions sur notre capacité et notre aptitude ?

- Le regard d’un responsable de l’administration territoriale drouaise, Elian, sur l’avenir de notre terre. Un exposé remarquable au cours duquel beaucoup d’entre-nous avons découvert un mot nouveau, anthropocène, et son sens : l’époque de l’histoire de la terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre.

Une fois encore les différences de nos sensibilités, de nos choix, de nos métiers, de nos connaissances et de nos centres d’intérêt donne à la vie de notre Club, dans l’amitié, ce qui est primordial, une saveur et un piquant incomparables.

Voilà, Cher Bernard, ce que mon Club, ton Club, m’apporte, et t’apportera, chaque lundi, en interne : la connaissance de l’autre… et le reflet de chacun de nous.

Mais, comme tu le sais, l’autre, le semblable, le proche est, le plus souvent, inconnu, étranger, lointain.

Le Rotary est ouverture à l’autre, pour servir d’abord.

J’aimerais disposer encore de deux ou trois heures pour te dire, très rapidement, combien, depuis maintenant 34 ans pour moi, les actions du Club, menées pour servir d’abord, pour servir l’autre, m’ont apporté. 

Pour faire un peu plus court, et pour répondre un peu, peut-être, à la question qui taraude les égarés : Que faisons nous donc là ? J’évoquerai trois sourires, pour moi inoubliables.

Le premier. Le 6 juin 1994. C’est le sourire de Patricia. Jeune non voyante drouaise à qui Bernard Violette, Président, remettait Héra, chien guide d’aveugle formé pour elle, grâce au Club, à l’Ecole de Vincennes.

Le sourire de Patricia, éclatant, montrait combien la conquête de son autonomie, grâce à Héra, était pour elle, véritablement, un total changement de vie.

Les actions menées par le Club pendant plus d’une année pour réunir les fonds nécessaires à la formation d’Héra trouvaient là leur plus heureuse récompense.

 

Le second sourire est celui que nous avons découvert sur une photo. La photo d’un tout jeune enfant africain, radieux. Une photo qui en recouvrait une première. Du même enfant. Quelques mois auparavant. Montrant son visage malformé, ravagé.

Emile est né avec une double fente faciale qui le condamne à l’exclusion, à la mort sociale. Le professeur Bernard Pavy, chirurgien plasticien, animateur bénévole de l’Association « Les sourires de l’espoir », est venu au Club, ce 28 juin 2011, nous remercier de notre concours. Quatre mille euros. Grâce à notre Grand Prix de Karting. Une somme permettant d’opérer huit enfants,

pour qui la vie allait très vite commencer à sourire.

Le troisième sourire, comment choisir il y en a tant, le troisième sourire que je veux évoquer pour toi est celui d’un enfant handicapé, autiste, enfermé en lui-même.       Le film tourné pour nous par les animateurs de Home Charlotte, à Saint Georges Motel, nous a montré, ce 21 novembre 2016, comment, avec les tablettes numériques que nous leur permettons de se procurer, et dans le cadre de leur brillant programme « . com », les Résidents, tous multi handicapés lourds, peuvent commencer à sortir d’eux mêmes, à dialoguer, et tout simplement… à être, comme le rayonnant sourire de ce garçon, les mains posées sur son clavier, le prouve.

A coté de ces trop peu nombreuses et trop brèves évocations, il est nécessaire de rappeler que le Rotary est International et que nos actions font fleurir des sourires sur des visages que nous ne verrons jamais.

A coté des actions locales, nos actions mondiales.

A coté des actions humanitaires, qui répondent aux besoins immédiats, nos actions humanistes, qui s’attaquent aux causes mêmes des misères de nos contemporains.

Ainsi, avec Polio Plus, initiative rotarienne, depuis plus de trente ans, plus de deux milliards d’enfants ont été vaccinés contre la polio, dans 122 pays. Le nombre de cas de polio a été réduit de plus de 99% depuis 1988. Et le nombre de pays où le virus circule encore est passé de 125 à… 3.

Ainsi des millions d’enfants ont appris à lire, des millions d’étudiants ont bénéficié de bourses d’étude, des millions d’adultes ont pu défricher, planter, cultiver, irriguer et se nourrir…

Ainsi avec la Fondation Rotary nous participons aux actions durables qui changent du tout au tout le quotidien de femmes, d’hommes, d’enfants aussi bien à coté de nous qu’à l’autre bout du monde. Comme tu le sais, les bénéfices du concert que nous organisons, à Dreux, le 24 mars prochain seront donnés à la Fondation Rotary, née il y a cent ans.

Voilà pourquoi, grâce à cette amitié dans la diversité, grâce à ces regards, grâce à ces actions, et grâce à ces sourires, je me pose un peu moins la question de savoir : Qu’est-ce que je fais là ?

Voilà, mon Cher Bernard, pourquoi je suis ici, pourquoi je suis Rotarien, pourquoi nous sommes Rotariens, heureux de t’accueillir.

Voilà pourquoi nous te disons tous ensemble : Bienvenue à toi.

 

                                                                                              Lundi 6 mars 2017